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Rénovation en Roumanie

Les tribulations d'une Bretonne et d'un Bruxellois. (4ème partie)


Séjour 2OO6 - deuxième équipe

George est un clown né. Il imite aussi bien Charlot, le patron du Millenium que... ma façon de manger à l'occidentale. Il commence à m'imiter sans l'air de rien, jusqu'à ce que tout le monde éclate de rire. Eux mangent avec la main droite, le plus souvent aidés d'un morceau de pain qu'ils consomment en toutes occasions.
Quand Radu est rentré du Delta le WE de la deuxième semaine, les mousquetaires sont repartis sans problème. Radu trouvait qu'ils auraient pu faire mieux. C'était compter sans les problèmes de la fosse et de cette terre marchant à l'inertie.
Le lundi suivant, Radu est arrivé avec son fourgon, son matériel et son ami avec qui il travaille régulièrement. Je lui ai proposé de mettre aussi au travail Patrick dont la femme était en Espagne et qui s'ennuyait. Il avait sans doute envie d'arrondir sa pension d'ancien chef de gare.
Quel plaisir d'entendre le bruit d'une bétonneuse, d'une scie à chaine... Ce n'est pas exactement ce que nous venions chercher en Roumanie, mais il fallait avancer.

Radu et son ami étaient vraiment les hommes qu'il nous fallait, habitués à travailler ensemble. Tous deux natifs de Brad, ils alliaient l'inventivité et la connaissance de la région pour trouver les matériaux adéquats, et aussi une connaissance des produits occidentaux les plus évolués et qu'ils savaient où trouver.
Le contrat était 10 heures de travail par jour et le repas offert par la maison. Le repas était facultatif, ils pouvaient aller se restaurer à Brad, mais nous avions compris tout l'intérêt de manger avec eux : le moment de se rencontrer, de rigoler, d'en apprendre un peu plus sur Brad, Baia, et surtout Tebea. Nous avions toujours considéré Tebea comme un hameau dépendant de Baia de Cris. Mais ce sont les notables de Tebea qui ont la charge de la tombe d'Avram Iancu, de l'entretien du superbe cimetière et de son église. En été, ils organisent des visites guidées qui attirent des Roumains de tout le pays. Nous avons même remarqué quelques plaques d'Europe de l'Ouest. Ils s'occupent aussi de l'organisation du festival qui a lieu tous les ans en septembre, manifestation nationale s'il en est.
Radu est un dirigeant confirmé. Avant la Révolution, il était responsable d'une entreprise de forage (300 personnes) dans la région (zone très riche en charbon, or, métaux de toutes sortes). (Voir mine d'or et d'argent de Rosia Montana , ndlr ).

Pose de l'isolation et de la structure métallique Coffrage des piliers Nous avons fait tomber le plafond, l'habillage intérieur a commencé Structures métalliques, gaines électriques et béton armé, qui dit mieux ?
Pose de l'isolation et de la structure métallique Coffrage des piliers Nous avons fait tomber le plafond, l'habillage intérieur a commencé Structures métalliques, gaines électriques et béton armé, qui dit mieux ?

De cette expérience, bien des choses lui sont restées: commander est fait en douceur; tout ce qu'il demande, il sait le faire lui-même; il est très prospectif et a toujours une longueur d'avance sur ce qui se passe sur le chantier.

Mais avec ce changement de rythme, Annick et moi avions beaucoup de décisions à prendre au pied levé. J'étais parfois inquiet : n'allait-on pas oublier un tuyau, une prise? Les points lumineux étaient-ils bien choisis? Où mettre le boîtier? etc. ... Mais Radu avait toujours la réponse, et à travers celle-ci, je me rendais compte qu'il y avait déjà pensé. Très rassurant.
Entre temps, Marin faisait des voyages en carutso avec Patrick pour aller chercher du balastru à la rivière en vue d'alimenter la bétonneuse. La maison a été renforcée avec des piliers en béton armé et des ceintures en béton aussi, pour supporter le toit. Il en fallait du balastru ! Et Marin en a fait des voyages ! Jamais il n'a voulu un franc. Toujours disponible. Dans ces moments-là, on comprend ce que veut dire "avoir de bons voisins".

Cybercafé à Brad, un grand plus Coffrage de la fosse sceptique La fosse décoffrée La fosse sceptique presque terminée
Cybercafé à Brad, un grand plus Coffrage de la fosse sceptique La fosse décoffrée La fosse sceptique presque terminée

En fait, nous avons maintenant une maison en bois et béton. Il nous restait à choisir comment l'habiller et l'isoler, et là, le choix était assez limité : de la laine de roche non emballée (une vraie plaie pour ceux qui la placent) et du béton cellulaire de 10 cm recouvert d'un enduit. Ou bien, technique plus moderne, du polystyrène expansé 20 cm à l'extérieur et 10 cm à l'intérieur, une couche de placoplâtre hydrofuge et un enduit protecteur, suivis d'une peinture acrylique qui ne bloque pas l'humidité ambiante qui pourrait se créer dans les parois. Le placoplâtre est vissé sur une ossature métallique.
Je n'étais qu'à moitié convaincu de ce procédé. Radu m'a montré des maisons, des hôtels construits selon ce procédé. Le résultat m'a emballé, surtout qu'avec la structure métallique nous pouvions remettre d'équerre, remettre d'aplomb, ce qui paraissait de travers.
Un matin ils arrivent et me disent qu'ils ont trouvé du béton pour la terrasse, pas loin, en bas de la rue, en face de l'église: le socle qui devait accueillir la statue d'Avram Iancu. Rien que ça! La statue a été jugée trop peu ressemblante et le socle trop grand. Et voilà Marin reparti avec son carutso ramasser les restes du socle. Mission peu banale, c'est le moins qu'on puisse dire. Ils sont d'une rapidité extrême pour monter ce genre de combine.

La guinguette, à côté de l'ex-socle d'Avram Iancu Une grande surface a Deva....BEURK Les fondations de l'ancienne grange, que nous allons reconstruire L'atelier de Cornel, le menuisier
La guinguette, à côté de l'ex-socle d'Avram Iancu Une grande surface a Deva....BEURK Les fondations de l'ancienne grange, que nous allons reconstruire L'atelier de Cornel, le menuisier

Tous les matins Radu arrivait au chantier avec des marchandises. Le problème c'est qu'il ne payait jamais. "Te tracasses pas", disait-il toujours, "quand tu passes dans le coin, tu vas payer; mais ça ne vient pas à quelques jours". C'est une des forces de Radu, il connait tout le monde et tout le monde lui fait confiance. Un raccourci très efficace. On a appris aussi à connaitre tous les marchands de matériaux de Brad et des environs : "on vient payer pour Radu... ah, oui, Belgia !". A ma connaissance, il n'y a jamais eu de problème avec les comptes : Radu avait un bout de papier avec lequel on allait payer et puis "Belgia" était rayé d'un trait de leur livre de comptes. Je n'ai jamais vu plus efficace. De lointains souvenirs de ma jeunesse, quand j'avais dix ans, me reviennent parfois. Mes parents étaient artisans et ma mère aussi avait un livre de comptes. Eux aussi travaillaient six jours par semaine et ne vivaient que pour leur commerce.
A Bruxelles, je déteste aller dans les magasins. A Brad, c'est un plaisir. Chaque boutique dégage sa poésie. La quincaillerie me rappelle celle de ma jeunesse. Le marchand de bois vend aussi des bijoux en or... Jamais il ne nous viendrait à l'esprit d'aller faire nos courses dans une grande surface à Deva.

Tous les deux ou trois jours, Radu nous proposait de venir prendre une douche chez lui. Sa femme et ses enfants sont aussi devenus des amis. Un jour, il a vu que je boitais et que je devais m'appuyer sur une canne: sciatique aigüe! Le soir même, j'étais dans le cabinet de son ami médecin, un passionné de pêche comme lui. Le docteur est d'une taille imposante, habillé d'une chemise phosphorescente, à l'humour pointu. Il m'a ausculté avec le plus grand soin, m'a prescrit 3 ou 4 médicaments, et puis il a allumé une cigarette. Il en fume 3 paquets par jour, explique Radu. Je veux le payer et il refuse. Je lui demande où il prend l'argent pour ses cigarettes. Très sérieusement, il rétorque qu'il a des patients pour çà ! Dans les jours suivants, il a téléphoné deux fois à Radu pour savoir si je "vivais encore" ! Cinq jours après, j'étais quitte de ma sciatique. Nous avons été trois fois dans cet hôpital, en 2004 pour mon fils qui s'était abîmé la main et deux fois pour moi. Jamais nous n'avons réussi à payer les consultations.

Le béton cellulaire: pas vraiment une solution à inertie, mais très supérieure au parpaing Tissa, notre adorable voisine qui fait des tapis à la main pendant l'hiver Poêle en Terra cotta; en blanc cassé, ils sont très beaux
Le béton cellulaire: pas vraiment une solution à inertie, mais très supérieure au parpaing Tissa, notre adorable voisine qui fait des tapis à la main pendant l'hiver Poêle en Terra cotta; en blanc cassé, ils sont très beaux

Le menuisier a fini par mettre la main sur 2 m3 de sapin vieux de quatre ans. De superbes billes bien soignées, séchées au vent, empilées soigneusement. Pour le transport, rien de plus simple : il arrête un tracteur avec remorque (si, si, il y en a dans le coin) et un quart d'heure après, le bois était stocké tout aussi soigneusement dans son atelier. Il nous a fait une superbe porte-fenêtre, des doubles-châssis, des portes, et il reste du bois pour l'année prochaine.
Radu a essayé de me faire changer d'avis. Toute la région est en train de se convertir au thermo panne. Mais, même si, parait-il, le thermo panne est un peu plus performant, nous tenons aux châssis à l'ancienne. Le bois de chauffage n'est vraiment pas cher dans le coin et nous avons décidé de nous chauffer avec poêle en terra cotta. Je ne me fais aucun souci, le poêle en terra cotta présente les mêmes avantages qu'une maison à inertie. Il pèse de 500 à 1000 kg, est monté sur place et sa masse de terre cuite fait rayonner la chaleur. Cela reste le mode de chauffage le plus populaire en Roumanie. Sauf dans les appartements en ville, bien entendu. La première fois que j'en ai vu c'était en 1970 à Budapest et les châssis étaient aussi à double battant.

Plus que rudimentaire! finition comprise
Plus que rudimentaire! finition comprise

Il nous restait à trouver la quincaillerie. Misère, que tout ce qu'on nous proposait était laid ! Nous avons choisi le moins moche, paradoxalement le moins cher. Et l'année prochaine nous ferons fabriquer les poignées et charnières en fer forgé, par un artisan.
Le menuisier est venu placer les châssis et les portes deux jours avant notre départ (de quoi fermer la maison pendant notre absence). Le reste sera pour l'hiver. La clé est chez Marin.

Annick et Emile
12/10/2006
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